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Texte écrit par Thérèse BARTHES, Avril 2021 

Sylvain BARTHES est né en 1904 à Lande Redonde commune de CASTANET (Aveyron) dans une famille d’agriculteurs de 5 enfants. Vers l’âge de 7 ans, il a eu la poliomyélite. Après de nombreuses années de soin à Rodez où il se rendait en diligence, il est resté très handicapé de ses jambes. A l’adolescence, il a très vite compris qu’il ne pourrait s’occuper de la ferme et il a décidé d’apprendre le métier de cordonnier.

Il a fait un très long apprentissage à Villefranche de Rouergue chez BESSOU (commerçant et fabricant de chaussures sur mesure) très connu et apprécié. Ensuite ce fut à Rodez aux Ets ACQUIER, manufacture de Chaussures. 


Tout ce bagage en poche il décide d’ouvrir sa propre boutique en 1924, dans un Bourg qui commençait à se former la Baraque de Fraysse devenu Baraqueville en 1906. Il s’installe en face de l’Hôtel de l’Agriculture dans une petite boutique : il avait à sa droite l’Etoile du Midi et à sa gauche GARRIC tailleur. Le docteur CANNIVENQ et la minoterie POUGET étaient à la droite de l’Hôtel de l’AGRICULTURE, et à sa gauche la ferme et le restaurant-auberge PONS (propriété PARAN), tout à côté l’épicerie BOUSQUET, et plus haut la Poste : Poste qui permit au Bourg de prendre le nom de BARAQUEVILLE.

Sylvain BARTHES est cordonnier bottier, il fabrique toutes sortes de chaussures pour homme, femme et enfant. Nous sommes encore à la mode 1900, bottines à boutons mi mollet pour les dames et chaussures montantes avec parfois le bout verni pour les messieurs, il fabrique aussi des brodequins confortables et solides pour les agriculteurs qui sont ses nombreux clients. 


En 1929, avec Joseph BOUSQUET, ils décident d’acheter à Monsieur LACOMBE deux parcelles identiques (10 m X 20 m) à côté de la place dénommée maintenant place François Mitterrand. Ce terrain était très marécageux et la Mairie de Carcenac-Peyralès installa au fond de la place un vivier : lavoir destiné à laver le linge. Sylvain BARTHES ouvrit la boutique actuelle, avenue du Centre, en 1930. Deux restaurants étaient installés de l’autre côté de la route : restaurant MAUREL, actuellement C0STES, restaurant-auberge FOUILLADE remplacé par GROUPAMA, BOUTONNET Bourrelier et un bar remplacé par la BANQUE VILLA, banque qui laissa les commerçants et artisans de Baraqueville un peu désemparés !

Sylvain BARTHES avait besoin d’électricité et c’est tout naturellement que la minoterie POUGET qui produisait elle-même cette énergie la lui fournit. La fée électricité arriva à Baraqueville en 1931 par la Sté d’Energie Electrique la Sorgue et Tarn. Sylvain BARTHES souhaitant avoir le triphasé pour faire fonctionner ses machines demanda un branchement qui lui coûta : 1.682 Fr 10. Enfin bien installé il fit fonctionner son atelier et fabriqua toutes sortes de chaussures sur mesure 7 jours sur 7.


Les clients faisaient le choix du modèle, il prenait les dimensions très précises de leurs pieds, il préparait les formes et fabriquait les chaussures de leur choix. Durant les années 1932 à 1939, il occupa jusqu’à deux ouvriers ou un ouvrier et un apprenti. Très rapidement il acheta quelques paires de chaussures originales fabriquées en usine et c’est ainsi qu’il fit fonctionner la boutique car lors de son installation il ne vendait que des pantoufles et surtout des galoches. La veille d’un jour de foire à Baraqueville, il recevait une caisse de galoches, le soir de la foire il avait tout vendu.

Durant les années de la guerre l’approvisionnement en chaussures était difficile mais il a toujours pu rendre service à ses clients. Il avait fait la connaissance de nombreux fournisseurs à qui il a essayé de rendre service durant les années de restrictions alimentaires avec l’envoi de pommes de terre et même de cochon. Ces fabricants n'ont pas hésité par la suite à lui faire confiance et à l'aider dans le choix des fournisseurs.

C’est ainsi que dans les années 1960-1965, Thérèse (née le 05 Mars 1931) ayant pris la succession eut envie d’avoir une boutique avec du choix, de l’originalité et de la qualité : car Sylvain BARTHES était très attaché à cette dernière. Sur les conseils des représentants connaissant bien la profession, Thérèse fit la connaissance des marques de chaussures prestigieuses : PARABOOT, KELIAN, FREE LANCE, RAUTUREAU, SARTORE, ACCESSOIRE, ROBERT CLERGERIE… qui firent référence dans la boutique. Sylvain BARTHES lui avait appris la confection des chaussures et elle souhaitait conserver l’âme de la maison : rester proche de ses clients. Il fallait continuer la tradition : chaussures pour le travail, bottes de caoutchouc et aussi des galoches.

Elle se rendait à Paris (4 fois par an), à Milan, à des expositions afin que rien dans l’évolution de la mode ne lui échappe. Une originalité de ce magasin : Sylvain BARTHES avait toujours dans son atelier une ou deux chaises disponibles pour les personnes qui avaient envie de faire un brin de causette : un véritable salon tout en travaillant, toutes les discussions étaient à l’ordre du jour : le passé, le présent, l’actualité locale, il y avait les habitués et les

personnes venues faire divers achats à Baraqueville. C’étaient des causeries interminables. En 1970, Thérèse agrandit les vitrines. Dans les années 1990, elle modifie du sol au plafond la surface de vente. Baraqueville étant sur un axe routier très fréquenté, nous avions tout à côté de la boutique un poste à essence très actif et facile d’accès : tout ceci permit de faire connaissance avec le service, la mode, le choix qu’un Bourg peut offrir même dans le domaine de la chaussure. La notoriété a ensuite dépassé les limites du département, les dames et même les messieurs téléphonaient pour être avertis de l’arrivée des nouvelles collections de chaussures. Lorsque les soldes arrivaient Thérèse appliquait le rabais maximum dès le premier jour car les clientes ou les clients venaient des départements voisins et n’allaient pas revenir deux semaines après. Il y avait dans cette boutique une caisse enregistreuse mais ensuite l’arrivée de l’informatique et il a bien fallu s’adapter. Une information non négligeable : Dans les années 1950, il avait été créé des Syndicats d’Initiatives dans toutes les communes du SEGALA et du LEVEZOU. Une association l’avait créé à Baraqueville et comme nous n’avions pas de mairie, Thérèse accepta ce service qui a été dans la boutique jusqu’à la municipalité JAUDON 1977, qui a enfin construit un bâtiment destiné à cette fonction.

De nos jours

Le syndicat d’initiative est encore en activité aujourd’hui, sa plus grande manifestation est la Foire du Matériel Agricole chaque 1er Dimanche de Mai qui attire jusqu’à 25 000 personnes à Baraqueville (bourg d’un peu plus de 3000 habitants) faisant le bonheur des chalands et des commerçants du village. Thérèse est toujours la cheville ouvrière de cet évènement avec un engagement total et passionné.

En Mars 2008 après une vie professionnelle intense (magasin ouvert 7j/7j), vint l’heure d’une retraite bien méritée pour Thérèse BARTHES. En effet une belle rencontre eut lieu entre Thérèse et Gilles venu se chausser un Dimanche matin. N’étant pas du milieu de la chaussure,

Thérèse donna encore deux ans de son temps à Gilles pour la transmission de son savoir faire auprès des fournisseurs et de sa nombreuse clientèle.

Caroline et Gilles DURANTON sont fiers d’avoir pu conserver cette partie du patrimoine local. Aujourd’hui le magasin continue à garder son âme. L’odeur du cuir, la qualité, le choix, le service, l’ambiance, le « brin de causette » sont toujours là…

La Maison Barthes depuis 1930 s’est enrichie de deux magasins dans le centre ville de Rodez et d’un site internet de vente en ligne : www.chaussuresbarthes.fr.